Arrivée à 9h au parking de la laiterie, premier contact du néo-Strasbourgeois que je suis avec les Amapiens de la Carotte. Malgré une brume tenace, tous promettent une journée chaude et ensoleillée, et ils ont eu bien raison !

Un départ un peu tardif (c'est la mondialisation du ¼ heure Marseillais), 1h15 de route et nous voilà arrivés à Berwiller, où nous sommes immédiatement mis dans le bain.

Attablés autour de grandes tables, on « décortique » des épis de blé à la main pour en récupérer les graines. Je suis d'abord un peu confus, car une grande attention doit être portée à récupérer toutes les graines, et à ne pas mélanger les variétés, Mais pourquoi ces précautions ? berwiller2.jpg

Telle la brume matinale, peu à peu au fil des discussions autour de la table, ma confusion disparaît. Nous sommes en train de récupérer les précieuses graines de différentes variétés en conservation ici à la ferme des Krust. Chaque gerbe correspondra à une parcelle de 1m2 ensemencée l'an dernier à partir d'une vingtaine de grammes de graines. C'est la première étape de l'amplification de la variété. Premier étonnement, toutes ces variétés ont des épis très différents, une dizaine de variétés passent entre nos mains et se ressemblent très peu. Le nettoyage des graines est achevé au tamis et à la machine. Le pesage des semences obtenu montre que le rendement est également très variable. Plusieurs centaines de grammes sont ainsi récupérées à partir des vingt grammes de semences. Fernand nous explique aussi que les propriétés nutritives et le taux d'humidité de chaque graine sont différents, autant de variétés de blé, autant de farines différentes, sachant que certaines ne sont même pas très bonne à la panification.

Après ce dure labeur, nous nous retrouvons attablés cette fois-ci pour le repas, auberge Alsacienne avec au programme fromage et pain de la ferme Malplaquet et tout ce que les Amapiens ont apporter pour ce partage. Ça papote dans tous les sens. Amapien depuis 5 ans à Marseille, et nouvellement adhérent à la carotte sociale et solidaire, j'échange des points de vue différents et forcément enrichissants sur le fonctionnement des AMAP. C'est aussi le moment d'en apprendre plus sur la biodynamie, grâce aux membres de l' « Association pour la culture Bio-dynamique d'Alsace et de Lorraine » (http://www.bio-dynamie.org, pour plus d'info). berwiller3.jpg

La ferme Krust est en bio-dynamie depuis 1973 et les résultats sont là pour appuyer que l'on est présence d'un mode de culture efficace et d'avenir.

Après cette pause, Anne Wanner et Fernand Krust nous présentent « Kerna un Sohma » l'association qui à mis en place cette journée à Berwiller. Les objectifs, de Kerna un Sohma sont de collectionner et répertorier les semences de blés, de les diffuser et de créer un réseau entre producteurs et jardiniers pour le maintien de ces semences. L'idée de la création de Kerna un Sohma a germé suite à la visite d'Anne et Fernand chez un producteur de Bourgogne qui maintenait sur de petites parcelles près de 150 variétés de blés! C'est dans le cadre de l'activité de cette association que nous avions récupéré les semences d'une dizaine de variétés de blé le matin même. Anne et Fernand expliquent avec enthousiasme et conviction l'importance de ce travail. Il faut garder en tête que l'objectif premier des grandes compagnies agroalimentaires est de monopoliser la vente et la distribution de semences céréalières, souvent sélectionnées ou modifiées non pas pour l'intérêt des agriculteurs et des consommateurs mais bien pour le leur. Face à cette main mise des « Big-Agros », l'action de Kerna un Sohma permet de recentrer la priorité sur le paysan, son savoir-faire – qui a aboutit au fil des millénaires à la l'élaboration de ces semences, celles qui font notre pain – sa relation avec nous consommateurs qui lui permet de mieux choisir, sélectionner les semences en fonction des besoins communs des consommateurs.

berrwiller4.jpg Passage des paroles aux actes, c'est l'heure d'aller semer du blé. Les seaux plein de blés d'Alsace, dont en passant, je n'ai pas bien compris si il est en fait différent du blé rouge de Bordeaux (je vous l'ai dit, on se passionne vite pour ces variétés de blé), on se retrouve tous à ensemencer une parcelle de quelques ares. Les sourires sont plus explicites que de longues phrases pour décrire notre plaisir évident pendant ces quelques instants à renouer avec les gestes simples du semeur. berrwiller5.jpg Mais le temps passe, retour sur la ferme ou l'on prend le temps de visiter la boulangerie et son four à pain hors du commun et le moulin. Ensuite retour dans le bus pour le retour sur Strasbourg.

Encore merci pour à Pascale et Fernand pour leur accueil, à Anne et Manuel pour l'organisation de cette belle journée. ML